
SELFIE
2016
Vidéo
écran numérique et bois peint
50 x 50 cm
Selfie met en scène un téléphone tenu à bout de bras, prêt à capturer l’un de ces autoportraits devenus familiers. Pourtant, l’image affichée à l’écran semble issue de la caméra frontale, et l’on ne distingue pas le visage de la personne qui tient l’appareil. Ce n’est qu’au moment où son pouce atteint le déclencheur que son reflet apparaît fugacement, superposé en transparence bleutée à l’image précédente, avant de disparaître dès que le doigt se retire.
Cette apparition spectrale évoque inévitablement le rôle des réseaux sociaux, où l’auto-représentation devient une mise en scène permanente. L’œuvre résonne alors comme un écho troublant aux individus qui, harcelés ou en détresse, ne supportent plus l’image qu’ils renvoient en ligne — une image souvent devenue indissociable de leur propre perception d’eux-mêmes. Ce phénomène rappelle, de manière tragique, la célèbre formule de Sartre dans Huis Clos : « L’enfer, c’est les autres. »
Ce travail est entièrement réalisé sans retouche numérique. L’effet visuel naît d’un jeu entre un miroir sans tain et une lampe de chevet, tandis que la vidéo est capturée avec mon téléphone personnel. Le geste du doigt pressant le déclencheur, comme pour prendre une photo, s’inscrit ainsi dans une mise en scène purement théâtrale.





